Les droits culturels chez 3013

Conceptualisés dans la déclaration Universelle des droits de l’Homme (1948), reprise par l’Unesco en 2001 précisé dans son contenu la déclaration de Fribourg en 2007, intégré dans le droit français avec la loi Notre de 2015, les droits culturels s’affirment comme une nouvelle façon de concevoir les pratiques culturelles.

Si le concept est posé, les déclinaisons concrètes dans une politique culturelle n’ont pas vraiment été exploitées. Par contre, le concept est plus facilement déclinable à l’échelle d’une structure. En voici les cinq piliers.

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Il n’y a plus qu’une seule définition de la culture. La culture n’est plus seulement l’expression d’une créativité artistique qui rencontre un public cible, le tout légitimé par une technostructure qui finance d’un côté et contrôle de l’autre. La culture fait partie des droits légitimes de chaque citoyen qui peut l’exercer à son niveau et souhaite le partager comme un bien commun.

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La relation entre un créateur et un citoyen ne se base plus sur une rencontre entre une expression et un besoin organisé par une lecture segmentée de la société, mais sur la création d’une relation culturelle qui vise à respecter la liberté de chacun : la notion de participation est centrale dans cette relation.

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La notion de direction artistique ne doit plus se comprendre comme une force de proposition descendante entre créateur et public, mais comme une mise en commun. Cela implique un processus de décision et de choix qui ne peut plus être uniquement basé sur une appréciation subjective de faire venir le public à l’oeuvre, mais bien de créer les conditions que l’oeuvre aille au public.

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La culture ne se conçoit pas plus uniquement comme une nécessaire transcendance émotionnelle et réflexive, mais doit également être un outil pour nourrir les relations humaines. L’appareil de technostructure culturel doit être repensé pour favoriser ces relations.

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Pour faciliter cette nouvelle relation entre la création artistique et les citoyens, la médiation culturelle devient déterminante. C’est à elle que revient les conditions d’une relation culturelle basée sur le respect de la liberté et de créer et la nécessaire participation du citoyen.

La pratique des droits culturels chez 3013

L’organisation du OFF de la capitale européenne de la culture en 2013 nous a permis d’expérimenter ces 5 principes

Des manifestations proposées par des citoyens qui ont saisi l’opportunité de la capitale européenne de la culture pour exercer leur liberté de création

Des manifestations où la participation du public était centrale dans la proposition artistique (banquet de Platon, Yes We Camp, Trocadance, poubelle la vie, phocéa rock)

Des manifestations dont la finalité était de créer une relation culturelle de qualité qui favorisait l’enrichissement humain grâce à un travail de médiation intense.

Des manifestations ouvertes, sans public cible (pas de dimension sociétale, générationnelle) qui ont réuni des personnes de tout horizon, de tout âge, et de toutes conditions

Avec Marseille 3013, nous avons organisé et intensifié la pratique des droits culturels

A. Dans les espaces 3013, au 58 et 52 rue de la République

Nous avons dès le départ investi le public en lui proposant de cofinancer les travaux d’aménagement des deux espaces. D’une contrainte économique, nous en avons fait un outil participatif car toutes les contreparties étaient orientées en ce sens :  : soit en intégrant l’équipe d’organisation pour une manifestation, soit en laissant l’espace pour une exposition ou participer en apportant une animation musicale dans une manifestation.

Avec ces premiers échanges, nous avons co-construit avec le public les fonctionnalités des deux espaces. Si leur vocation était artistique, elle ne devaient pas se cantonner à une pratique artistique et surtout ils devaient pouvoir accueillir d’autres expression. Aussi les travaux et les équipements des deux espaces ont été pensés, conçus et réalisés avec cette dimension multimodale.

Nous avons d’emblée renoncer à pratiquer une direction artistique de galerie en accueillant tout ceux et celles qui voulaient créer avant tout une relation culturelle avec le public. Pour ce faire, nous avons demandé aux créateurs de venir participer à la vie du lieu et d’intégrer le temps d’une soirée, l’équipe d’organisation. Nous demandions également à l’artiste exposant d’animer la soirée avec une ambiance musicale spécifique à son environnement. Cette volonté de faire participer le créateur était également opérationnel vers le public qui pouvait passer de l’autre côté de « la barrière ». Nous avons ainsi organisé plus de 60 expositions en 3 ans. La plupart des personnes exposantes accueillies n’avaient jamais pu exposer avant du fait de leur manque de « réseau professionnel » ou de refus systématique de directeurs de structures culturelles dans la ville.

L’espace d’exposition n’était pas exclusif et nous avons organisé, dans l’espace et pendant les expositions, des ateliers pour enfants, accueilli des cours de théâtre, de danse, de yoga, de sophrologie, des jeunes créateurs de textile, des anniversaires, des départs à la retraite, des worshop, des débats publiques, des repas de quartier et même un mariage.

Notre travail de médiation culturelle n’a pas été organisé en fonction d’une grille de critère de démocratisation culturelle et ne s’est pas appuyé sur des supports de communication. Il s’est basé sur une présence quotidienne et une ouverture systématique des lieux, avec un lien construit avec les voisins du quartier, avec le public et avec les créateurs, avec la volonté de faire tomber les barrière entre les uns et les autres. Nous avons construis une communauté ouverte et participative où la relation culturelle était le vecteur d’un enrichissement commun.

B. Projet Hors les murs

Sur les projets que nous avons monté « hors les murs », Trocadance, Next City nous avons décliné ces principes de fonctionnement.

Aucune direction artistique sur le choix des œuvres. Nos seuls critères ont toujours été techniques (taille de l’oeuvre, système d’accroche, espace disponible)

Des artistes qui devaient être présents, se mêler au public et officier en qualité de médiateur culturel.

Un public à qui on proposait de participer à la manifestation, c’est à dire de la construire à égale distance avec les artistes et les organisateurs. La réelle identité de la Trocadance, c’était le lieu+les œuvres+les post-it du public pour la Trocadance.

Pour Next City, les créations exposées sur les palissades de la rue de la République ont été l’objet d’une guerre de territoire avec les grapheurs de Marseille qui a été pour nous comme un rappel à l’ordre. L’année suivante, nous avons intégré cette dimension « participative » en réduisant la taille des œuvres crées pour libérer des espaces d’intervention en bas relief. Cette décision technique a permis au projet d’être mieux accepté et intégré.

En conclusion, notre pratique des droits culturels n’est certainement pas « pleine », dans le sens où nous n’avons pas cherché à appliquer des principes de fonctionnement. Nous avons surtout beaucoup expérimenté en fonction de notre point de départ : l’appropriation d’une pratique culturelle par des citoyens non professionnels.

De fait, notre pratique des droits culturels est juste un exemple, pas un exemple juste.